Il Parere di Jean Rocchi

Il me semble que si Giordano Bruno pouvait lire ces pages il aurait un petit sourire de mépris. Comment ces docteurs ne craignent-ils pas d’être assimilés à ces personnages dont le Nolain disait que Saturne leur a pissé l’intelligence sur la tête et les neuf compagnes de Pallas leur ont vidé dans les méninges, entre pie-mère et dure mère, une corne d’abondance verbale et qu’il est donc bien naturel qu’ils se promènent avec tant de majexté, le buste droit, la nuque raise, en examinant les alentours avec une arrogante modestie. Trop de spécialistes se figurent que l’oeuvre du Philosophe est une chasse gardée. Ils défendent la pureté originelle de ses écrits, comme d’autres les saintes Ecritures et veillent au respect de la grammaire en négligeant bien trop le sens.

Giovanni Bovio a bien raison: Bruno n’appartient pas aux philosophes de profession, à ceux qui ne philosophent que pour gagner leur pain ou pour leur place historique dans le grand corps du doctorat. Quand on publie Bruno, quand on écrit sur lui, la décence et le respect exigent me semble-t-il qu’on s’incline et qu’on s’efface. Toute allusion à des droits légaux frise l’indécence. On ne fait pas carrière avec Bruno. Ces gens devraient se réjouir pour Burno qu’on s’inspire de leurs travaux tant que leurs commentaires sur le fond  ne sont pas trahis. Il devraient méditer ces mots du Nolain: Quand on a osé faire de la science trafic et industrie, la sagesse et la justice ont quitté la terre. Et s’ils ont des problèmes relationnels qu’ils renfournent leurs rapières, se téléphonent, essaient de communiquer, à la rigeur s’affrontent à bras le corps en privé et non sur la place publique!
Jean Rocchi